Le domaine de sceaux

Les nouvelles acquisitions

De nouvelles oeuvres entrent au musée

Cette année, le Conseil général des Hauts-de-Seine a fait l'acquisition de trois oeuvres majeures qui viennent enrichir les collections du Musée de l'Ile-de-France.

 Michel Anguier, Amphitrite, bronze, deuxième moitié du XVIIe siècle. INV. 2011.1.1

Michel Anguier (1612-1686), d’après
Amphitrite
Statuette en bronze ciselé et patiné
Deuxième moitié du XVIIIe siècle
H : 54 cm


Amphitrite, une statuette en bronze d'après Michel Anguier

Le Conseil général des Hauts-de-Seine vient d’acquérir, pour le musée de l'Île-de-France, un bronze de la fin du XVIIe siècle, fondu d'après un original en terre cuite de Michel Anguier (1612-1686). Il s'agit d'une Amphitrite dont Jean-Baptiste Colbert de Seignelay (1651-1690), propriétaire du domaine de Sceaux après son père, possédait un exemplaire identique.

Cette statuette représente la néréide Amphitrite debout, regardant une langouste posée sur son avant-bras gauche d'où part un voile léger, passant derrière son dos, qu'elle tient de l'autre main. En contrapposto classique, Amphitrite a le pied arrière posé sur le rostre d'un dauphin, en partie dissimulé par le voile symbolisant les flots.

En 1652, Michel Anguier modela six statuettes de terre cuite représentant trois couples de dieux antiques : Jupiter et Junon, Neptune et Amphitrite, Pluton et Cérès. Chacune mesurait environ 45 cm. Rapidement, ces superbes compositions furent fondues en statuettes de bronze, de toute première qualité, pour être vendues à quelques amateurs parmi les plus exigeants. André Le Nôtre eut ainsi un exemplaire de l'Amphitrite qu'il légua à Louis XIV en 1693. Cet objet se trouve aujourd'hui conservé au musée du Louvre. Le modèle eut un tel succès qu'Anguier lui-même le reprit en grand, au début des années 1660, pour une statue de pierre destinée au château de Saint-Mandé (aujourd'hui au Toledo Institute of Art), propriété de Nicolas Fouquet, puis en 1684 pour un grand marbre appelé à orner le bosquet de la Renommée dans le parc du château de Versailles (aujourd’hui au musée du Louvre). 

L’Amphitrite de Colbert de Seignelay

Le premier biographe de Michel Anguier, Guillet de Saint-Georges (1625-1705) rapporte que le sculpteur "fut encore occupé en 1652 aux modèles de six figures, chacune de 18 pouces, qui ont été jetées en bronze, et qui représentent un Jupiter foudroyant, une Junon jalouse, un Neptune agité, une Amphitrite tranquille, un Pluton mélancolique, un Mars qui quitte ses armes, et une Cérès éplorée. Ces figures sont aujourd'hui à M. Montarsis, joaillier du roi".

La disparition de l'inventaire après décès de Seignelay et le règlement difficile de sa succession ne permettent pas, malheureusement, de savoir ce que devint, après lui, cet ensemble exceptionnel.

Germain Brice, dans l'édition de 1713 de sa Description de la ville de Paris et de tout ce qu'elle contient de plus remarquable, évoque les collections de Seignelay qu'il considérait comme "un des plus magnifiques hommes de son siècle et du meilleur goût"  : "les meubles étoient d’une magnificence extrême et l'on ne trouvoit point ailleurs une plus grande quantité de tableaux rares, avec des bronzes des plus excellens ouvriers, des médailles en très grand nombre, de même que des pierres gravées et mille autres choses qui marquent le discernement et le goût délicat du maître."

 

Scène dans un parc, une gouache de Jean-Baptiste Hilaire

 Jean-Baptiste Hilaire, Scène dans un parc, gouache, 1795. Musée de l'Ile-de-France. CG92/Jean-Luc Dolmaire.

Jean-Baptiste HILAIRE (1753-1822)
Scène dans un parc
signé et daté 1795
Gouache
54 x 71 cm
Acquis par le conseil général des Hauts-de-Seine, pour le musée de l’Île-de-France, en juillet 2011

Le dessin de Jean-Baptiste Hilaire représente une scène dans un parc, non identifié, que plusieurs éléments permettent de rattacher au domaine de Sceaux. La statue de L’Hercule gaulois de Pierre Puget, à droite de la composition (aujourd’hui au musée du Louvre), fut acquise par Jean-Baptiste Colbert au début des années 1670 pour orner les jardins de Sceaux. Cette sculpture d’abord placée dans l’avant-cour du château fut ensuite réinstallée dans les parterres nord, puis au centre d’un bosquet au sud de l’orangerie. Cette œuvre célèbre fut demandée par Alexandre Lenoir pour le musée des Monuments français et pour le Muséum de la République, en 1798. Le grand vase Borghèse, figuré à gauche, faisait partie d’une paire, probablement commandée par le marquis Colbert de Seignelay pour orner la terrasse ouest du château où elle fut installée en 1693-1694 (cette paire est aujourd’hui présentée dans l’Orangerie du Domaine de Sceaux). Ces vases apparaissent également sur une gravure de Jacques Rigaud représentant le Château et l’Orangerie, vers 1735. Les berceaux de treillages représentés dans la perspective pourraient évoquer ceux des jardins de l’Orangerie, connus par la gravure de Rigaud.

Ce dessin d’Hilaire, daté de 1795, est donc un caprice, une vue recomposée du parc de Sceaux, réalisée à partir de décors historiques des jardins appelés à disparaître dans les années suivantes. En effet, lorsque le domaine de Sceaux devint Bien national, en 1793, une grande partie de ses décors sculptés furent  déplacés dans d’autres lieux notamment vers Paris. Aussi cette œuvre constitue-t-elle une évocation particulièrement pertinente de la période troublée durant laquelle le domaine fut une première fois public (1793-1798). Le choix de l’artiste de composer un caprice à partir d’éléments empruntés au parc de Sceaux constitue comme le prélude involontaire, mais d’une grande poésie, à la dispersion de ses trésors. La luxuriance de la végétation, qui exprime tout d’abord l’abandon de l’entretien des lieux, sert aussi et avec bonheur une évidente poussée préromantique. Vision, plus que véritable description, ce dessin est un témoignage artistique de tout premier plan dont le musée de l’Île-de-France ne pouvait que souhaiter s’enrichir.


Portrait miniature de Jean-Baptiste Colbert

 

Portrait de Jean-Baptiste Colbert, miniature, gouache sur vélin, vers 1660-70. Musée de l'Ile-de-France. CG92/Jean-Luc Dolmaire.

Peintre anonyme de la deuxième moitié du XVIIe siècle
Portrait de Jean-Baptiste Colbert
Vers 1670-1680
Gouache sur vélin
7 x 6 cm
Acquis par le Conseil général des Hauts-de-Seine, pour le musée de l'Île-de-France, en juillet 2011

Cette miniature représente le portrait de Jean-Baptiste Colbert (1619-1683), créateur du domaine de Sceaux dont il fit, à mi-chemin entre Paris et Versailles, l'une des plus belles résidences de son temps. Le modèle est directement emprunté au portrait que Pierre Mignard (1612-1695) fit du ministre, portrait aujourd’hui perdu mais connu par une estampe de Pierre Landry. La date de cette estampe, 1668, indique ainsi le terminus ante quem de l'exécution du portrait original. Mignard lui-même reprit sa composition en médaillon, entourée de figures allégoriques, dans un dessin préparatoire destiné à la gravure – non exécutée – et conservé au musée du Louvre (inv. 31 324). A noter que le musée de l'Île-de-France conserve une copie ancienne, de médiocre qualité, de ce portrait de Colbert par Mignard (huile sur toile, 0,51 x 0,41 m, inv. 37-15-1).

Peinte sur vélin par un artiste anonyme, durant le dernier quart du XVIIe siècle, cette miniature est d'une exécution remarquable et dans un état de conservation irréprochable. Elle témoigne à la fois de l'importance du modèle et de la très haute tenue de l'art de la miniature en France sous le règne de Louis XIV.

Le musée de l'Île-de-France, qui ne possède en propre aucun portrait du premier propriétaire du domaine de Sceaux (du moins à ce niveau de qualité), a trouvé avantage à l'acquisition de cette œuvre d'une grande rareté sur le marché.

 

 

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